C'est seul face à la presse, ce matin, le visage grave, et après plusieurs jours de réflexion, qu'Edouard Fritch président délégué du Tahoeraa Huiraatira a décidé de s'exprimer suite aux démissions du parti de Teva Rohfritsch, Bruno Sandras et Jacques Raynal. Tout en affirmant sa fidélité à Gaston Flosse et au parti, il souhaite une réforme du Tahoeraa Huiraatira " de l'intérieur " et sa " modernisation ". Pour ce faire, Edouard Fritch.
"passer le flambeau ". Le président délégué a expliqué " qu'il ne s'agit pas de couper la tête à qui que se soit, ni de trahir son président ".
Comme vous l'avez remarqué, je n'ai pas souhaité jusqu'à présent répondre à vos sollicitations pour commenter ce qui se passait au Tahoeraa, et notamment depuis lundi. J'ai préféré me donner le temps d'analyser les déclarations des uns et des autres, mais également de consulter en interne avant de m'adresser à vous.
Le constat
Depuis qu'Oscar Temaru a décidé de rompre l'alliance avec le Tahoeraa, et notamment depuis qu'il a soutenu la candidature de Philip Schyle contre la mienne au perchoir de l'Assemblée, nos élus ont décidé de retrouver les bancs de l'opposition. Nous avons suivi en cela la position du grand conseil et du bureau exécutif.
Je ne peux pas dire que ce retour dans l'opposition nous a réjoui, mais pour les élus à l'Assemblée, c'était la conséquence logique de la formation d'une nouvelle majorité UPLD-To Tatou Ai'a qu'Oscar Temaru a souhaité former sans nous consulter et dans notre dos. De fait, nous qui étions les partenaires historiques de l'UPLD étions exclus de cette nouvelle majorité.
Dès lors s'est posée la question de la participation des ministres Tahoeraa Huiraatira au gouvernement. Là encore, la position du grand conseil avait été de dire que, si le Tahoeraa sortait de la majorité, les ministres devaient immédiatement démissionner du gouvernement.
Mais nous avons eu à faire face à une ambiguïté puisque le bureau exécutif, quelques jours plus tard, a demandé à ce que les ministres restent en place, laissant au président du Pays la responsabilité de les démissionner pour faire son remaniement gouvernemental.
Ce choix, c'était aussi celui des ministres qui souhaitaient pouvoir continuer le travail qu'ils avaient commencé.
Vendredi dernier, Oscar Temaru a annoncé la composition de son nouveau gouvernement en retenant Teva Rohfritsch et Frédéric Riveta. Il souhaitait également retenir Jacques Reynal, mais les dissensions internes à son mouvement et les exigences de To tatou Ai'a l'ont fait changer d'avis, d'où la nomination incompréhensible d'un inconnu de la profession aux hautes fonctions de ministre de la santé.
En acceptant de rester au gouvernement, nos amis Teva et Frédéric savaient qu'ils risquaient de se mettre en difficulté vis-à-vis du mouvement. Ils l'ont fait en conscience, mais aussi parce qu'ils avaient fait le choix de continuer le travail qu'ils avaient commencé.
Lundi, le bureau exécutif a été appelé à délibérer sur leur position et a décidé de prononcer une sanction à leur égard.
Sur ce point, le bureau exécutif s'est montré divisé mais magnanime, même si une courte majorité s'est prononcée en faveur de la suspension. Mais nous avons bien compris également que, parmi les cadres et les militants, un malaise depuis longtemps réprimé me semble-t-il, s'est exprimé jusqu'à gagner la place publique. Ce malaise s'est amplifié avec les démissions auxquelles nous venons d'assister.
Pourquoi en sommes-nous là ?
Ce que j'ai retenu des déclarations des personnes qui ont démissionné, ce sont deux choses :
1) Nous ne sommes plus en accord avec la direction du mouvement ;
2) Nous ne comprenons plus quelle est la ligne du mouvement.
Ces deux réflexions peuvent apparaître contradictoires car, si on n'est plus d'accord avec la direction du mouvement, c'est qu'il existe une ligne directrice.
Pour ce qui me concerne, je pense effectivement que le Tahoeraa Huiraatira n'offre plus de visibilité, n'offre plus de perspective claire. Je comprends donc que nos cadres et surtout nos militants puissent être déstabilisés et fragilisés dans leurs convictions politiques.
Mais à mon sens, également, les derniers évènements qui secouent le Tahoeraa ne sont que l'aboutissement d'un processus dont l'origine n'est pas nouvelle et qui est la conséquence de revirements successifs décidés sans aucune véritable explication.
Rappelez-vous qu'à la fin 2006, nous avons accepté que Gaston Tong Sang prenne la tête du gouvernement, en passant un accord avec les îliens qui participaient auparavant à la majorité d'Oscar Temaru.
Six mois plus tard, et pour plusieurs raisons, le Tahoeraa Huiraatira quittait la majorité de Gaston Tong Sang et nos ministres démissionnaient. Puis, sans nous allier avec l'UPLD, nous avons apporté notre bienveillance à l'élection d'Oscar Temaru, tout en nous maintenant dans l'opposition.
Nous avons même, avec les élus Tahoeraa qui avaient rejoint Gaston Tong Sang et Jean-Christophe Bouissou, mis en échec le budget présenté par Oscar Temaru.
De là, sans doute est née la première incompréhension et le premier désarroi de nos militants et sympathisants.
Le résultat des élections de février 2008 a été pour nous une véritable sanction de nos errements politiques. Plus personne ne savait vraiment où se situait le Tahoeraa et To Tatou Ai'a a eu beau jeu de dénoncer une éventuelle alliance avec le Tavini. Le 7 juillet 2007 et le début de la réconciliation avec les indépendantistes étaient passés par là. Et cette réconciliation n'était toujours pas comprise ni acceptée par une grande partie de notre base qui a préféré nous quitter.
Le résultat des élections a réduit le Tahoeraa à la position d'allié potentiel pour former une majorité qui n'était pas sortie des urnes. Puisque nous avions, l'année précédente, censuré Gaston Tong Sang et facilité l'élection d'Oscar Temaru, la logique aurait sans doute voulu que nous recherchions directement une alliance avec l'UPLD.
Pourtant, en février 2008, j'ai été mandaté par mon mouvement pour négocier un accord de majorité avec Gaston Tong Sang. Nous n'avons pas concrétisé formellement cet accord, mais c'est bien avec les voix de To Tatou Ai'a et du Tahoeraa que j'ai été élu président de l'Assemblée. Mais le lendemain, nous passions un accord avec l'UPLD pour faire élire Gaston Flosse à la présidence du Pays.
Là encore, ces nouvelles tergiversations et ce nouveau revirement n'ont pas été compris. La sanction s'est traduite aussi et à nouveau dans les urnes dans le scrutin des municipales.
Vous le savez, 45 jours après son élection, Gaston Flosse a été censuré et Gaston Tong Sang réélu à la présidence.
Dès lors, nous avons conforté notre réconciliation avec l'UPLD, au sein du groupe UDSP ; nous avons pris, conjointement le temps d'expliquer notre rapprochement ; L'UPLD et le Tahoeraa qui, localement avait déjà mené des campagnes communes pour le deuxième tour des élections municipales se sont associés pour l'élection à la tête du SPC, puis pour l'élection des sénateurs.
Je crois qu'après une période très troublée, le Tahoeraa avait retrouvé une ligne claire et identifiable par tous. Il avait retrouvé la voie de la construction d'un avenir pacifié pour le pays en travaillant avec l'UPLD sur un projet commun.
Pour ne rien vous cacher, nous avions même commencé à discuter de la possibilité de faire des listes communes pour les prochaines territoriales, tout comme nous l'avions fait pour les sénatoriales.
Mais, patatras, après un an de travail en commun, c'est le retour à la case départ après l'élection d'Oscar Temaru à la tête du Pays et le retour des tergiversations du Tahoeraa, jusqu'à la rupture issue de l'élection de Philip Schyle.
Quelle perspective pour le Tahoeraa ?
Voilà, j'ai peut-être été un peu long pour résumer deux ans et demi de notre vie politique. Mais si j'ai tenu à vous rappeler cela c'était pour mettre en lumière la gestion erratique et les tergiversations qui ont agité le Tahoeraa durant cette période.
C'est aussi parce qu'il est grand temps, pour moi, que le Tahoeraa affirme clairement et durablement un cap et qu'il puisse à nouveau incarner une perspective d'avenir.
Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Le Tahoeraa se retrouve dans l'opposition sans avoir de ligne de conduite précise. La seule perspective qui ait été annoncée se résume dans le fait que le gouvernement actuel ne réussira pas dans son entreprise et que Le Tahoeraa pourrait en tirer profit pour revenir renforcé aux prochaines territoriales.
Permettez-moi de vous dire que, pour moi, ce n'est pas une perspective. D'abord, parce que je n'entends pas bâtir l'avenir sur les ruines de mon pays. Je n'attends pas que le gouvernement échoue, parce que s'il échoue, nous aurons tous échoués.
La population attend une amélioration de son quotidien, une relance de l'économie. Elle n'attend pas que tout se casse la figure pour appeler le Tahoeraa au secours. C'est totalement illusoire et très dangereux pour notre pays comme pour notre mouvement.
Je ne suis pas de ceux qui veulent détruire. Je veux construire. Je veux que le Tahoeraa reste une force de proposition. Je veux qu'il conserve cette image de compétence et de réactivité. Je veux que le Tahoeraa retrouve ses fondamentaux et ses valeurs.
N'attendez pas de moi que je mette en cause untel ou untel. J'ai été un des artisans de la réconciliation avec l'UPLD, et je crois toujours à ce que nous avons fait ensemble.
Je regrette profondément que notre travail en commun ait été suspendu pour des questions de personnes qui, comme je l'ai déjà dit, n'occuperont pas éternellement le devant de la scène.
Il nous faut maintenant dépasser ces querelles pour construire l'avenir du Pays. Il y a plusieurs moyens. Certains ont choisi de sortir du Tahoeraa. Libre à eux d'ignorer que la réforme d'une organisation, quelle qu'elle soit, se fait de l'intérieur.
Pour ce qui me concerne, c'est ma volonté. Je suis et demeure viscéralement Tahoeraa !
Je ne trahirais ni mon président contrairement à ce qu'il dit, car je le respecte. Je ne trahirais ni mes électeurs, ni mon parti, mais je me battrais pour qu'ils en sortent grandis.
Au regard de ce que ce parti a su faire de grand et de beau pour notre Pays, je ne peux me résoudre à le passer par pertes et profits, sans rien tenter pour le relever.
La crise actuelle, bien que grave, est surmontable par une remise en cause de nos pratiques de gouvernance interne, par la restauration d'une stratégie claire, stable, plaçant l'amélioration du sort de nos compatriotes au premier plan de nos choix et de nos actes.
Autrement dit, je ne veux pas que le Tahoeraa soit un parti rabougri, replié sur lui-même, constamment sur la défensive. Je ne veux pas que le Tahoeraa soit une machine à exclure ou à motiver les départs.
Le Tahoeraa ne peut pas demander à ses cadres et à ses militants d'être disciplinés et en rang serré quand les directives en provenance du sommet peuvent changer à tout moment et au gré d'intérêts qui dépassent ceux du mouvement.
Le Tahoeraa ne peut plus assister au départ de ses cadres et de ses militants en leur jetant la pierre. L'incompréhension est aujourd'hui palpable au sein d'une grande partie de nos militants, et est de nature à remettre en cause de manière définitive l'unité et l'existence même de notre mouvement.
Je suis d'ailleurs, comme d'autres, le réceptacle de nombreux témoignages remettant en cause la ligne stratégique de notre mouvement.
Je veux que le Tahoeraa, auquel j'appartiens et auquel je crois, eu égard à ses valeurs profondes, se raisonne, se modernise et s'adapte aux défis de demain. Je veux que le Tahoeraa soit, comme il l'a été avant que beaucoup ne le quitte, un espace ouvert à tous, un lieu de rassemblement, de dialogue, d'échange et de construction.
Cette volonté que j'exprime est portée par la majorité des élus de notre mouvement.
J'en appelle donc au président du Tahoeraa, avec solennité et gravité, pour qu'il agisse avec lucidité et qu'il comprenne bien les enjeux qui sont devant nous.
Je suis persuadé que, pour maintenir l'unité du Tahoeraa Huiraatira, mettre un terme aux hémorragies observées, en une phrase pour redonner crédibilité et avenir au Tahoeraa, le président doit aujourd'hui, sans plus tarder, reconsidérer sa position au sein de notre mouvement, prendre de la hauteur et passer franchement le flambeau à une nouvelle équipe de direction, qui saura faire fructifier à nouveau ce bel héritage si difficilement construit.
Bien évidemment, si ce choix ne devait pas être retenu, je demanderais la réunion du Grand conseil pour qu'il prenne position sur cette question. Je ne souhaite pas arriver à cette extrémité. Je ne souhaite pas un désaveu collectif du président de notre mouvement.