Le sénateur Gaston Flosse, leader du Tahoeraa Huiraatira, s'est exprimé sur RFO dimanche 14juin dans le cadre de l'émission " l'Hebdo ". Il était interrogé en langue tahitienne par Carmen Doom et en langue française par Hélène Harte. Comme l'a fait observer Hélène Harte, c'est après une longue période de réserve que le sénateur a décidé de s'exprimer après avoir laisser le gouvernement Temaru œuvrer durant 5 mois. Le constat est accablant. Pas de plan de relance, l'impôt sur le revenu et une TVA sociale toujours à l'ordre du jour même si, pour l'instant Oscar Temaru garde le silence à ce sujet.
Une chose est certaine, il se confirme que Gaston Flosse et le Taheoraa Huiraatira avait eu raison au moment du vote du budget lorsqu'ils ont refusé de le voter, conscients que les recettes étaient surévaluées. Aujourd'hui, le gouvernement et en particulier le ministre des finances Georges Puchon est face à une situation que le Conseil des entreprises analyse ainsi " " Conséquence directe de la situation économique catastrophique dans laquelle s'enfonce la Polynésie française, les recettes fiscales accusent une baisse sensible et le budget du pays s'inscrit d'ores et déjà en déficit pour la fin de l'année.
Les raisons à tout cela sont bien identifiées : effondrement du marché touristique, chute de la consommation des ménages, recul des importations, suppressions d'emplois,… ". Le ministre des finances en personne l'a avoué.Ce même conseil qui dénonce un plan de relance " simple effet d'annonce ".
Si Gaston Flosse s'est réjoui du fait que la France reconnaît enfin que les expérimentations nucléaires étaient nocives, il faut que le gouvernement central prenne désormais toutes ses responsabilités et indemnise toutes les victimes de ce désastre.
Pour ce qui concerne une éventuelle réforme du statut, le sénateur estime qu'il ne s'agit pas d'une priorité de la même manière que le débat sur le nouveau nom qu'Oscar Temaru voudrait attribuer à la Polynésie française. " C'est un écran de fumée " a déclaré Gaston Flosse.
En attendant, le Tahoeraa Huiraatira demeure dans l'opposition, une opposition constructive, certes, mais compte tenu de la gravité de la situation économique qui touche toutes les classes sociales de notre pays et plus spécialement les classes les plus défavorisées, il est grand temps pour le gouvernement de prendre des mesures à la hauteur du défi.
A propos des Etats Généraux, Gaston Flosse a déclaré " nous n'étions pas concernés, c'est Gaston Tong Sang qui a demandé que les états généraux aient lieu chez nous. Je suis opposé à ces états généraux car aujourd'hui nous n'avons pas le loisir de réfléchir sur la politique que nous devons mener dans 5 ans, dans 10 ans, pour l'avenir. Le pays est aujourd'hui en plein marasme économique. Tout notre tourisme est agonisant. La perliculture, la pêche, tous les secteurs sont dans le rouge… c'est d'abord une relance économique qu'il faut. Et puis, il y a le sauvetage social. ". Néanmoins il a confirmé qu'il sera présent lors de l'ouverture des travaux.
Par ailleurs, le Tahoeraa Huiraatira sera vigilant et dénoncera chaque fois, avec la même fermeté les dérives et inconséquences de ceux qui, pour obtenir le pouvoir, ont tant promis et si peu tenu.
Transcription de l'interview:
H. Harte : Gaston Flosse, merci d’avoir accepté notre invitation, d’avoir choisi RFO pour vous exprimer ce soir après plusieurs semaines de silence. Alors, vous vous êtes mis un peu en retrait de l’actualité politique ; depuis le clash avec Oscar Temaru, on vous a peu entendu. Pourquoi ?
Gaston Flosse, sénateur de la PF et Pdt du Tahoeraa Huiraatira : « C’est vrai que depuis que M. Temaru nous a évincé de la majorité, que nous avions construit et nous avons été les principaux contributeurs de cette majorité, eh bien je n’ai pas voulu gêner le Pdt Temaru et le laisser gouverner le pays. Cinq mois après, il est peut-être temps de faire le bilan et de savoir quels sont les résultats du Gvt Temaru. »
HH : Avez-vous fait clairement des erreurs stratégies pour vous faire évincer de la sorte ?
Gaston Flosse : « Non, je ne pense pas parce que j’ai donc dit les points qu’il fallait remettre en état. Par exemple, j’ai critiqué le collectif budgétaire et j’ai dit qu’il n’y avait pas de plan de relance, ça n’a pas plu à M. Temaru. J’ai dit que la loi de défiscalisation n’était pas adaptée à la situation catastrophique de l’économie polynésienne, ça n’a pas plu non plus à M. Temaru… »
HH : Vous le regrettez aujourd’hui ?
Gaston Flosse : « Pour toutes ces raisons là, et bien il nous a jeté dehors ! »
HH : Vous le regrettez aujourd’hui ?
Gaston Flosse : « Non pas du tout. Il fallait le faire et je l’ai fait. J’ai protesté contre sa volonté de vouloir créer l’impôt sur le revenu et de créer une TVA social de 3%. Alors que le pays est vraiment en catastrophe économique, créer encore de nouveaux impôts c’est incroyable ! Bon, j’ai critiqué, eh bien M. Temaru n’a pas été content. »
[1ère partie de l’hebdo.]
HH : Gaston Flosse, parlons à présent des élections européennes. Pour la 1ère fois en PF une liste menée par les socialistes a battu la liste de l’UMP, entraînée par Tearii Alpha. Quelle est votre lecture du scrutin ?
Gaston Flosse : « Ben, peut-on parler de victoire de l’un ou de l’autre lorsque près de 80% de la population ne s’est pas rendu aux urnes ? Je pense qu’il ne faut pas considérer ce résultat comme une victoire de l’un ou une défaite de l’autre. »
HH : C’est un désaveu de la classe politique ?
Gaston Flosse : « Tout à fait… pas de la classe politique, de notre union européenne. »
HH : Qui est aujourd’hui, selon vous, la principale force politique du pays et pourquoi ?
Gaston Flosse : « On ne peut pas porter un jugement au vu des résultats de dimanche dernier, il faut attendre une élection plus importante, le renouvellement de l’assemblée ou des élections législatives pour pouvoir porter un jugement. »
HH : Alors, les états généraux, parlons à présent des états généraux. Ils débutent mardi en Polynésie, votre participation a été longtemps incertaine, y serez-vous finalement personnellement ?
Gaston Flosse : « Elle n’a pas été incertaine. Nous ne sommes pas allés à la 1ère réunion, il ne s’agissait que des discours et nous irons, bien sûr, mardi prochain. Mais ceci étant, je pense que les états généraux ont été voulus par l’Etat, par M. Jégo, pour cacher les échecs de sa politique dans les DOM, Guadeloupe, Martinique et la Réunion. Nous n’étions pas concernés, c’est le Pdt Tong Sang qui a demandé que les états généraux aient lieu chez nous. Je suis opposé à ces états généraux car aujourd’hui nous n’avons pas le loisir de réfléchir sur la politique que nous devons mener dans 5 ans, dans 10 ans, pour l’avenir. Le pays est aujourd’hui en plein marasme économique. Tout notre tourisme est agonisant. La perliculture, la pêche, tous les secteurs sont dans le rouge… sont dans le rouge ! C’est d’abord une relance économique qu’il faut. Et puis, il y a le sauvetage social. Toutes ces populations, il y a des milliers et des milliers de foyers qui sont sans revenu, qui sont sans travail, que faisons-nous pour eux ? C’est aujourd’hui, c’est la situation d’aujourd’hui qu’il faut examiner et des solutions à apporter aujourd’hui. »
HH : En revanche, il sera forcément question du statut dans ces états généraux. Est-ce que, selon vous, c’est important d’en parler ? Est-ce que, selon vous, il faut faire évoluer ce statut de la PF ?
Gaston Flosse : « Ce n’est pas le problème ! Notre problème est un problème économique avant tout et social. Le statut a été voté en 2004, réajusté en 2007, ce n’est pas une urgence.
Et puis, il y a dans ce statut des points importants, des transferts de compétences de l’Etat vers nous, et ces transferts n’ont même pas été mis à l’essai. Le territoire, le Gvt n’a jamais rien faire pour utiliser ces nouvelles compétences là. Pour moi, ça, c’est secondaire. Parlons de relance. »
HH : Donc, si je comprends bien, le débat autour du nom de la Polynésie française, le fameux Maohi Nui de Oscar Temaru, est secondaire pour vous aussi ?
Gaston Flosse : « C’est une fumée pour essayer de masquer les problèmes, les réels problèmes de la PF. Le problème n’est pas le nom de la Polynésie, le problème est de savoir comment sortir notre pays de la situation catastrophique dans laquelle il se trouve. »
[2ème partie de l’hebdo.]
HH : Gaston Flosse, une délégation polynésienne s’est envolée ce week-end à Paris, il s’agit d’inciter le ministre de la défense à modifier sa loi d’indemnisation pour les travailleurs du nucléaire. Quel serait, selon vous, le dispositif d’indemnisation idéal ?
Gaston Flosse : « D’abord, je crois qu’il y a un progrès considérable. Le fait que la France reconnaisse que les expérimentations nucléaires étaient quand même nocives pour la Polynésie française et pour les populations, non seulement ceux qui travaillaient à Moruroa, mais des îles avoisinantes. Qu’elle ait reconnu cela, c’est déjà un pas considérable. Mais l’indemnisation est insuffisante. Pourquoi aller devant les tribunaux pour se voir indemniser ? C’est une maladie de travail et il faut reconnaître que grâce à ces hommes, grâce à la Polynésie, la France, aujourd’hui, est une puissance nucléaire. Je pense que c’est la moindre des choses, pour quelques milliers de personnes, que l’Etat fasse un geste. »
HH : Vous étiez très favorable à l’époque à ces essais en Polynésie. Alors, n’avez-vous pas été assez vigilant sur les conditions dans lesquelles les tirs ont été effectués, notamment par rapport aux populations civiles ? Est-ce que vous le regrettez aujourd’hui ?
Gaston Flosse : « Non, parce que nous avons été trompés. On nous a toujours dit qu’il n’y avait aucun danger pour ces essais nucléaires. Je suis allé moi-même à plusieurs reprises à Moruroa, j’ai rencontré les savants qui expérimentaient la bombe là-bas et on nous a toujours dit qu’il n’y avait aucun danger. Et nous avons été trompé, il faut le reconnaître. »
HH : Et donc, l’Etat, aujourd’hui, doit payer ?
Gaston Flosse : « L’Etat doit payer et généreusement, et non pas comme ils le font actuellement. »
HH : Parlons un petit peu de la situation politique et économique. On vous a beaucoup vu dans les îles ces derniers temps, sur le terrain, pourtant vous n’étiez pas en campagne pour les élections européennes.
Alors, vous êtes en campagne pourquoi ? Pour reprendre le pouvoir en 2013 ?
Gaston Flosse : « Non, pas du tout. Je suis en visite dans les archipels pour rencontrer la population, leur expliquer la politique du Tahoeraa Huiraatira et puis leur indiquer que, eh bien, notre Gvt devrait peut-être mener une politique pus vigoureuse et plus efficace pour lutter contre, eh bien le marasme économique. Et surtout, pour sauver socialement cette couche de la société qui vit dans la misère aujourd’hui. »
HH : Vous êtes aujourd’hui un petit peu isolé sur l’échiquier politique. Si vous pouviez remonter le temps, Gaston Flosse, avec qui vous réconcilierez-vous, avec Gaston Tong Sang ou avec Oscar Temaru ?
Gaston Flosse : « Ce n’est pas mon souci aujourd’hui. Mon souci, aujourd’hui, est d’être dans l’opposition et de rester dans l’opposition et d’apporter, eh bien notre savoir-faire et d’indiquer au Gvt ce que il devrait faire pour redresser la… Regardez aujourd’hui, nous avions été contre le budget 2009, lorsqu’il avait été préparé à l’époque par M. Tong Sang, présenté par M. Puchon, et nous avons dit que les recettes étaient sous-estimées. Et effectivement, aujourd’hui ils ont été obligés de reconnaître qu’il y a un déficit de l’ordre de 8 milliards, et peut-être ce sera 15 milliards à la fin de l’année. Là également, le Haut-commissaire n’a pas fait son devoir ; alors que nous avons tiré la sonnette d’alarme, il aurait dû contrôler, vérifier les recettes et dire : ce budget n’a pas été voté en équilibre réel. »
HH : Alors, plus de manœuvres politiciennes, vous allez rester dans l’opposition, sagement, jusqu’en 2013 ?
Gaston Flosse : « Pas sagement, nous allons… nous sommes actifs et nous intervenons lorsqu’il le faut. Mais ce n’est pas une opposition systématique. Lorsque, comme la semaine dernière, des projets de lois, qui vont dans le bon sens, nous les votons. Mais lorsqu’il le faut, nous nous opposons. »
HH : Avant de nous quitter, Gaston Flosse, juste une dernière question. Vous avez démarré votre carrière politique en 65, l’an prochain cela fera 45 ans. Est-ce que, par moment, vous pensez parfois à passer la main ?
Gaston Flosse : « Eh bien, cela va dépendre du Tahoeraa Huiraatira, des instances du Tahoeraa Huiraatira. Pour l’instant, voyez vous-même, je suis en excellente santé, mon esprit fonctionne bien, je peux encore rendre service à mon pays. Tant que l’on ne me dit pas de me retirer, eh ben je continuerais à servir. »