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Mardi 24 septembre 2009

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Interventions d'Edouard Fritch à l'APF
Nous sommes réunis pour étudier une nouvelle motion de défiance. Est-ce la motion de trop comme le disent ceux qui ont assumé le pouvoir ces derniers mois ? Est-ce la motion de trop comme l'exprime une partie de l'opinion publique ? Le groupe Tahoeraa Huiraatira est dans l'opposition depuis le mois d'avril dernier, le président Temaru ayant délibérément choisi de rompre avec nous pour constituer une nouvelle majorité avec d'autres partenaires. Une majorité comme jamais notre pays n'en a connue avec 45 représentants et qui devait nous assurer une stabilité durable. Je vous renvoie, pour rafraîchir vos mémoires, à nos déclarations au lendemain de notre éviction de cette majorité. Nous avons pleinement assumé ce rôle d'opposition, d'autant que notre voix était la seule alternative pour exprimer des opinions différentes et faire des propositions, face à un gouvernement qui avait tous les leviers pour mener sa politique.
Nous avons aussi observé la lente déliquescence de cette majorité. Nous avons toujours fait valoir que les problèmes internes de cette majorité devaient être réglés en interne, et avant tout par le chef de cette majorité, M. Oscar Temaru.

Nous sommes réunis pour étudier une nouvelle motion de défiance. Est-ce la motion de trop comme le disent ceux qui ont assumé le pouvoir ces derniers mois ? Est-ce la motion de trop comme l'exprime une partie de l'opinion publique ?
Le groupe Tahoeraa Huiraatira est dans l'opposition depuis le mois d'avril dernier, le président Temaru ayant délibérément choisi de rompre avec nous pour constituer une nouvelle majorité avec d'autres partenaires. Une majorité comme jamais notre pays n'en a connue avec 45 représentants et qui devait nous assurer une stabilité durable.
Je vous renvoie, pour rafraîchir vos mémoires, à nos déclarations au lendemain de notre éviction de cette majorité.
Nous avons pleinement assumé ce rôle d'opposition, d'autant que notre voix était la seule alternative pour exprimer des opinions différentes et faire des propositions, face à un gouvernement qui avait tous les leviers pour mener sa politique.
Nous avons aussi observé la lente déliquescence de cette majorité. Nous avons toujours fait valoir que les problèmes internes de cette majorité devaient être réglés en interne, et avant tout par le chef de cette majorité, M. Oscar Temaru.
Mais, il y a quelques semaines, il nous a fallu faire un constat. Ce constat, c'est que la majorité n'existait plus. Ce constat, c'est celui de l'échec du président Temaru qui s'est montré incapable de maintenir une simple cohésion gouvernementale pour présenter un budget qui engage le pays sur l'année 2010, après une année 2009 qui a vu notre pays s'installer dans la crise.
Pire encore, notre pays s'est enfoncé dans le marasme si l'on se réfère à tous les tableaux de bord économiques publiés cette année qui attestent notamment de faillite constante des entreprises et à jeter sur le bord de la route toujours plus de salariés. Les effets de la relance promise en février se sont limités à la création d'un logo et à l'ouverture récente d'un site internet.
En moins d'une semaine, le projet de budget déposé par Oscar Temaru a subi une profonde modification de sa partie recette. Cette partie recette a elle-même été modifiée en l'espace d'une douzaine d'heures entre l'intervention d'Oscar Temaru sur RFO et la conférence de presse de Jean-Christophe Bouissou, pour faire face à une opposition du corps social, mais également de la majorité du corps politique, y compris de son dernier allié.
La proposition alternative n'était pas de nature à rendre la cohésion à cette majorité éclatée, ni même à satisfaire le corps social. Plus que jamais, nous nous trouvions alors devant la perspective d'une impasse politique grave, conséquence d'une impasse financière jamais connue dans notre pays et d'une gestion calamiteuse sans précédent.
C'est cette perspective qui a conduit le groupe Tahoeraa Huiraatira à estimer qu'il était temps de s'impliquer pleinement dans la définition d'une nouvelle politique et la construction d'une nouvelle majorité.
La question qui se posait alors à nous, et je vous le dis avec franchise, était de savoir si le Tahoeraa Huiraatira devait aller conforter la majorité de M. Temaru et remplacer le groupe To Tatou Ai'a, comme nous l'ont demandé avec insistance nos amis de l'UPLD, ou de former une nouvelle majorité avec les opposants déclarés à la politique de M. Temaru. Ce débat, je vous le dis publiquement, nous l'avons eu en interne au sein du Tahoeraa Huiraatira.
Au cours de ces deux dernières années, à l'initiative de notre président Gaston Flosse, nous avons construit, contre l'opinion publique, et parfois contre nos militants respectifs, la réconciliation, la pacification de nos relations avec les représentants de l'UPLD. Nous avons su créer cet espace de dialogue, de respect mutuel et même d'amitié.
Mais chacun a conservé en mémoire que cette entente a été sacrifiée, en avril dernier, sur l'autel de l'affrontement entre nos deux leaders, Oscar Temaru préférant se tourner vers Gaston Tong Sang, sur les conseils du rémora Bouissou, plutôt que de persévérer dans la voie du dialogue avec le Tahoeraa Huiraatira.
Cette décision, c'est un homme seul, le président du Tavini Huiraatira, qui l'a prise. Je l'avais exprimé lors de mon discours d'ouverture de la session administrative, en procédant de la sorte, Oscar Temaru prenait la lourde responsabilité de raviver des conflits éteints depuis juillet 2007.
On nous a jeté comme un vulgaire pahi'i. M. Temaru voulait un pouvoir sans partage, sans contradicteur. M. Temaru pensait qu'en agissant de la sorte il allait pouvoir réaliser la prédiction qu'il avait formulée dans cette assemblée en s'adressant au groupe Tahoeraa : " nous allons vous faire disparaître ".
M. Temaru a jeté son " pahi'i Tahoeraa " pour prendre le " Kleenex Tong Sang " qu'il jugeait plus soyeux, plus malléable, au final facile à faire disparaître également.
Nous avons tous cru un jour que nous pourrions travailler durablement avec Oscar Temaru pour l'avenir de notre Pays. Finalement, il faut bien se rendre à l'évidence. Oscar Temaru mène toujours son seul et unique combat : faire disparaître les autonomistes et le chaos politique fait partie de sa stratégie.
Tout comme sa stratégie s'appuie sur des actions judiciaires dont il pense tirer profit pour éliminer ceux qui lui font peur, quand l'électorat lui refuse toujours la confiance.
Mes chers amis, je ne souhaite pas raviver la querelle entre les indépendantistes et les autonomistes. Non !
Je veux simplement faire comprendre qu'Oscar Temaru, ayant géré le pays pendant 41 mois sur 67 depuis 2004 avait la responsabilité, d'aborder les dossiers qui nécessitent des réforme de fond. Or, il faut admettre qu'il n'a jamais ouvert un dossier. Il s'est contenté de " surfer " ou de récupérer le travail de ses ministres les plus efficaces.
Il faut aussi se rendre à l'évidence qu'Oscar Temaru ne sait pas ce que signifient et ce qu'impliquent concrètement les mots " concertation et cohésion de groupe ". Pas plus à l'époque de l'alliance avec le Tahoeraa ou avec To Tatou aia.
Monsieur Temaru a peut-être du charisme, comme disent certains, n'est-ce pas madame Merceron, mais il est tout sauf l'homme du consensus. Il est tout sauf l'homme de la situation ! Il est l'homme de la division et de l'instabilité avec son record inégalé du dépôt de 6 motions de censure en 5 ans.
Entre nous, les élus de cette assemblée, au sein même de la population, la querelle entre autonomistes et indépendantistes n'a plus de sens. Elle n'a de sens que pour celui qui veut la remettre au goût du jour, pour celui qui veut aviver des tensions, créer le chaos pour faire perdurer l'instabilité et satisfaire sa seule ambition. C'est le retour des vieux démons du passé qu'il avait eu tant de peine à camoufler.
Augmenter les taxes, rendre miséreux les plus pauvres, appauvrir les classes moyennes, montrer du doigt les patrons accusés d'avoir profité de la crise pour s'enrichir, désigner à la vindicte populaire ceux avec qui vous avez construit des majorités successives, c'est bien une stratégie pour mener le pays à la révolte sociale. C'est la stratégie de M. Temaru et de quelques penseurs de l'indépendance.
C'est tout sauf un programme de développement, de gouvernement soucieux d'élever nos concitoyens vers plus de dignité sociale. C'est tout sauf un programme de rassemblement.
Pour Oscar Temaru, seul le chaos peut engendrer sa chimère.
Mes chers collègues, nous savons qu'au sein même du Tavini, et plus largement au sein de l'UPLD, la majorité des représentants ne partage pas, ne partage plus, cette vision de la gestion politique du pays.
Mais, mes chers amis de l'UPLD, vous êtes disciplinés, c'est tout à votre honneur. Vous êtes prêts à suivre votre président. Je ne vous en fais pas le reproche, comme vous en avez fait le reproche aux élus du Tahoeraa.
Nous aussi, nous sommes loyaux et disciplinés, et c'est la raison pour laquelle nous avons refusé l'offre du Tavini de mettre notre président Flosse sur la touche. C'était bien l'odieux chantage qui nous avait été fait pour nous maintenir à la présidence de notre assemblée. Mes chers collègues, ma loyauté, mon honnêteté, m'ont fait descendre du perchoir !
Le Tahoeraa Huiraatira ne sera pas la roue de secours d'une majorité interchangeable au seul service d'un homme
Dès lors, et parce que nous voulons participer pleinement et utilement au redressement du Pays, nous avons fait le choix d'ouvrir les discussions avec nos amis de To Tatou Ai'a et de Te Mana O Te Mau Motu pour concrétiser un accord de gouvernement.
Nous surmontons nos divisions d'hier comme nous les avons surmontées avec les élus de l'UPLD, avec la volonté de construire, et dans le seul but de servir notre beau pays.
Cette alliance, c'est celle que les électeurs nous ont reproché de ne pas avoir concrétisée en février dernier, à l'issue des élections territoriales.
On viendrait nous la reprocher aujourd'hui ? Oscar Temaru a-t-il tant perverti les esprits ?
Je ne le crois pas. Mais nous ne sommes pas sourds aux revendications de la population qui n'en peut plus de l'instabilité politique, du comportement de certains de ses élus, des renversements annuels de gouvernements.
Nous aussi nous sommes fatigués de ces revirements incessants. Nous avons bien compris le message porté par le collectif No To U Fenua. Mais nous sommes aussi redevables à cette très grande partie de la population qui nous a élu et qui ne veut pas des taxes, qui ne veut pas d'un appauvrissement généralisé, qui ne veut pas d'un gouvernement qui agit au coup par coup, sans aucune forme de visibilité. Cette majorité qui veut s'en sortir !
Malgré les changements du mode de désignation des représentants depuis 2004, les élections n'ont pas donnée de majorité suffisamment forte pour qu'un groupe, seul, puisse assurer la stabilité de la continuité des politiques publiques.
Il nous faut, modifier le mode électoral, et réduire la taille de notre assemblée. Mais cela n'est pas de notre compétence. Seul le Parlement a le pouvoir de le faire, en pleine concertation avec l'ensemble de la classe politique polynésienne. Faisons-le, et ensemble !
Il nous appartient, à chacun d'entre nous, de renoncer à certaines pratiques et d'entendre la voix des Polynésiens qui n'ont plus confiance dans leur classe politique. Il nous appartient, enfin, de ne plus raisonner en termes de chapelles politiques ou géographiques.
Nous avons été élus dans des circonscriptions, mais pour servir l'ensemble des Polynésiens, sans distinction, pour répondre aux aspirations collectives du retour à la croissance, à l'emploi et à la solidarité.
Il y va du rétablissement de la crédibilité de l'ensemble de la classe politique. C'est de cette seule façon que, demain, nous pourrons conquérir la confiance et les suffrages des électeurs, et certainement pas en tentant de se constituer des fiefs à coups de prébendes et d'avantages particuliers.
Je le dis aussi pour M. Temaru qui, jusqu'à présent a voulu entretenir cette pratique en proposant des postes ministériels à certains d'entre nous pour conserver son pouvoir et entretenir les ferments du chantage et de l'instabilité politique. Je remercie ceux qui n'ont pas cédé à ce chant des sirènes quand on leur proposait 4 puis 7 postes de ministres dans un gouvernement obèse pour acheter leurs voix.
Je le dis aussi pour ceux qui sont déjà dans l'optique d'entretenir, demain, l'instabilité politique pour reconquérir le pouvoir qu'ils viendraient de perdre. Je le dis pour ceux qui semblent se réjouir par avance d'une courte majorité dont ils n'auront de cesse de saper les fondements.
Je le dis enfin pour ces élus aujourd'hui sans famille qui ont hurlé contre l'alliance Tahoeraa-UPLD, refusant de participer à cette alliance qui ne correspondait pas au choix des électeurs à majorité autonomiste, avant finalement de rallier, la bouche en cœur, tous les gouvernements qui se sont succédés, au mépris d'engagements écrits.
Je crois dans cette majorité qui s'est constituée autour des autonomistes parce que les gens qui la composent sortent du " même moule ", de la même école, de la même famille politique.
Je crois dans cette majorité car elle saura tirer les enseignements de nos échecs passés.
Ce que je crois aussi, c'est que cette nouvelle majorité doit se mettre en place sans délai. Quel intérêt de voter le budget de M. Temaru si c'est pour qu'une autre équipe le modifie et le mette en œuvre par la suite ? Nous avons déjà pratiqué ce système, encore pour le budget 2009, et nous savons ce que cela a donné.
Encore une fois, tirons les enseignements du passé et engageons nous avec force pour répondre aux attentes de notre population. Il en va de la responsabilité de l'équipe qui est appelée à gouverner, de présenter son propre projet de budget et ses propres orientations. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes engagés à déposer un projet de budget dans les meilleurs et à le voter avant la fin de l'année.
C'est la seule façon d'assurer la continuité des politiques publiques et de donner de la visibilité attendue par les acteurs économiques et sociaux.
Pour respecter ces engagements, il nous appartient donc de mettre, dès maintenant, un terme au gouvernement de M. Temaru pour qu'une nouvelle équipe puisse se mettre sans délai au travail.
Je vous remercie de votre attention.
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