Gaston Flosse au Journal Télévisé sur Télévision 1ère
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Transcription de l'interview
Lucile Guichet : Gaston Flosse, bonsoir.
Gaston Flosse, Pdt Tahoeraa Huiraatira, Sénateur PF : Bonsoir madame.
Lucile Guichet : Alors, on va bien évidemment parler dans quelque instant des dissensions autour du budget du Pays. Mais d’abord, une réaction sur ce remaniement ministériel. L’arrivée donc du bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, à l’Outre-mer ; est-ce que c’est de bon augure pour les Dom-Tom ?
Gaston Flosse : Je ne connais pas vraiment M. Guéant, mais enfin il faut reconnaître que depuis quelques années nous sommes un peu abandonnés par la République. Les participations de l’Etat, notamment par exemple au régime de solidarité qui étaient de l’ordre de 3.8 milliards, sont réduites maintenant à néant complètement. J’espère que le Président Tong Sang, qui est le représentant de l’UMP en Polynésie, fera, tirera la sonnette d’alarme pour que l’Etat intervienne d’avantage pour aider le Pays. Mais enfin, nos préoccupations sont surtout d’ordre local ces derniers jours…
Lucile Guichet : Alors, on y reviendra justement en longueur juste après l’hebdo, si vous le voulez bien. On vient de voir également les enjeux du partenariat entre l’Europe et les Territoires d’Outre-mer. Vous avez assisté à ces réunions pendant plusieurs années. Selon vous, les dossiers portés par la Polynésie sont-ils les bonnes priorités ?
Gaston Flosse : C’est nous qui avons fait en sorte que il y ait cette réunion de tous les PTOM. Mais il faut le reconnaître que nous n’avons pas beaucoup progressé, les PTOM sont vraiment les parents pauvres dans l’Union européenne. Je crois que l’un des problèmes c’est que nous n’avons accès directement à l’UE, à Bruxelles, nous sommes obligés de passer par l’Etat pour ensuite intervenir auprès de Bruxelles. L’aide que nous obtenons de Bruxelles, c’est vraiment une goutte d’eau par rapport à l’aide que même les pays indépendants obtiennent de Bruxelles, alors que, nous, nous sommes associés à l’Europe.
Lucile Guichet : Donc, vous suivrez de ça de près. Autre actualité cette semaine, cet article de France Soir paru la semaine dernière sur le classement des sénateurs.
Vous êtes 2ème en terme d’absentéisme au Sénat, juste derrière le sénateur de Haute-Corse qui est présent un jour par an. Vous percevez malgré tout vos indemnités : 1.5 millions de francs par mois. Pourquoi êtes-vous de moins en moins présents au Sénat ?
Gaston Flosse : Parce que il y a de plus en plus de travail, et sérieux, en PF ! Nous avons, et grâce à ce combat nous avons mené à l’assemblée, nous avons réussi à le supprimer 7 milliards d’impôts sur la population et sur les entreprises ; je pense que ce n’est pas négligeable. Et enfin, la semaine dernière, nous avons réussi à doter la PF d’un budget…
Lucile Guichet : Donc les débats importants ne sont pas à Paris selon vous ?
Gaston Flosse : …ce qui n’était pas le cas. Et je pense que le travail que nous avons réalisé ensemble avec l’UPLD, Ia Ora Te Fenua…
Lucile Guichet : Alors, on va en parler juste après… on va voir justement.
Gaston Flosse : …et le Tahoeraa Huiraatira, formons une nouvelle opposition de 40 membres à l’assemblée. Je pense que ça, c’est beaucoup plus important.
Lucile Guichet : Alors, Gaston Flosse concernant la politique, les choses ont encore changé, puisque depuis hier le Haut-commissaire dit ne pas reconnaître un budget plus qu’un autre. Dans un communiqué, il a parlé de question juridiquement délicate et il demandera l’avis du TA en début de semaine prochaine. Quant à vous M. Flosse, êtes-vous toujours aussi serein par rapport au budget que vous avez voté la semaine dernière ?
Gaston Flosse : Tout à fait nous sommes sereins. Vous savez, voici le statut que… qui est un peu mon livre de chevet. Le statut est clair ; l’article 102 précise bien : le budget est voté par l’Assemblée. Et l’article 64 : le Pdt exécute le budget ; s’il ne l’exécute pas, c’est le HC qui doit l’exécuter. Mais je crois que Tong Sang est en train d’essayer de tenter un coup de force pour faire passer son budget…
Lucile Guichet : Comment, expliquez-vous justement tous ses efforts pour le faire passer…
Gaston Flosse : Je suis à peu près sûr que demain il va publier son budget. Et s’il le fait, et bien l’assemblée annulera ce budget là et il ira tout à fait dans l’illégalité et contre la loi.
Lucile Guichet : Comment l’assemblée pourra annuler lu budget que Gaston Tong Sang pourrait promulguer ?
Gaston Flosse : Et bien parce que c’est le statut qui le prévoit ; article 102 : l’assemblée vote les délibérations, vote les lois du pays. Nous voterons une loi du pays qui annulera ce budget là. Il n’a pas le droit, M. Tong Sang n’a pas le droit de se faire justice lui-même ! Il doit publier le budget, qui a été voté par l’assemblée, puis s’il n’est pas satisfait de ce budget ou il n’est pas d’accord, qu’il s’adresse au Conseil d’Etat, et c’est le CE qui juge et non pas M. Tong Sang. Enfin, où sommes-nous là ?
Lucile Guichet : Alors autre chose qui pourrait menacer votre budget, c’est un éventuel déséquilibre. Gaston Tong Sang affirme que votre budget a un déficit d’un milliard, donc de recettes. Craignez-vous de voir le budget, que les représentants ont voté, retoqué par la CTC ?
Gaston Flosse : Non, non, c’est absolument faux ! Le 2ème budget, qu’il a présenté le mercredi de la semaine dernière et qui a été débattu par l’assemblée à partir de vendredi, comporte une loi de pays mais qui concerne la PSG. Nous avons supprimé effectivement cette loi de pays, c’est vrai. Mais nous l’avons remplacé par des excédents de la branche des allocations familiales, donc l’équilibre est revenu. Quant au budget lui-même, voici le budget, M. Tong Sang a présenté ce 2ème budget version de février 2011, nous l’avons voté dans l’intégralité. Nous n’avons proposé…
Lucile Guichet : 3 amendements !
Gaston Flosse : …nous n’avons proposé aucun amendement.
Lucile Guichet : Ah si M. Flosse, 3 amendements ont été déposés !
Gaston Flosse : Ce budget, qui a été voté, est celui de M. Tong Sang.
Lucile Guichet : 3 amendements ont été déposés par l’opposition…
Gaston Flosse : Alors, c’est pas à lui à juger, il y a un tribunal et c’est le CE…
Lucile Guichet : Donc, vous ne reviendrez pas sur le budget que vous avez voté ?
Gaston Flosse : Ah non ! Nous avons voté un bon budget, ce n’est à nous à nous ériger en tribunal, c’est au CE à le juger et nous attendons donc le HC prenne la décision, mais ce ne sera seulement le 8 mars, dans 15 jours. Mais, je pense que ce qui est important pour nous, et c’est qu’il faut retenir, c’est que à l’assemblée il y a une opposition qui se conforte entre l’UPLD, Tahoeraa Huiraatira et Ia Ora Te Fenua, et M. Tong Sang qui est de plus en plus isolé puisque…
Lucile Guichet : Alors justement, vous êtes…
Gaston Flosse : …même ses ministres refusent de contresigner les lois qu’il leur propose. Mais qu’attend-t-il pour démissionner dans ce cas là ? Il ne compte que 9…
Lucile Guichet : Alors Gaston Tong sang a bien dit, justement… on a bien compris qu’il était en minorité !
Gaston Flosse : …voix à l’assemblée. Enfin, dans n’importe quel pays démocratique, le Pdt, en minorité comme celui là, aurait démissionné déjà.
Lucile Guichet : Gaston Tong Sang ne démissionnera pas, il a dit. Il est en minorité depuis avril 2010. Pourquoi est-ce si difficile pour l’opposition de faire une motion de défiance ?
Gaston Flosse : Ben peut-être qu’il n’y a pas d’entente entre les partis de l’opposition également.
Lucile Guichet : Où est-ce que ça coince ?
Gaston Flosse : Mais, ce n’est une raison, c’est une question d’honneur pour M. Tong Sang lui-même. Toujours est-il, c’est que il mène le pays vraiment. C’est lui qui mène…
Lucile Guichet : Mais, où est le problème pour déposer une motion de défiance ?
Gaston Flosse : …le Pays au chaos, à la catastrophe en laissant traîner ce budget qu’il ne veut pas publier. Qu’il le publie et puis ensuite que le tribunal, encore une fois on ne cesse de le répéter, c’est au tribunal, c’est CE à juger si notre budget est recevable ou pas.
Lucile Guichet : Alors un mot quand même sur cette motion de défiance. On a du mal à comprendre où est le problème, puisque vous semblez être une majorité à vouloir le départ de Gaston Tong Sang. Où est le problème, est-ce que c’est sur le nom du Pdt ?
Gaston Flosse : C’est peut-être le nom du Pdt ou c’est peut-être le programme. Vous savez que M. Oscar Temaru a dit : je suis prêt à m’allier avec le groupe qui viendra signer la résolution pour que notre pays soit inscrit sur les pays à décoloniser aux Nations unies. Le Tahoeraa Huiraatira ne signera jamais cette résolution, c’est clair. Bon, si c’est une condition sine qua non, eh bien nous ne participerons pas à ce Gvt, si cela fait obstacle. Le Tahoeraa ne signera pas cette résolution devant les Nations unies. Maintenant, est-ce que c’est indispensable ? Est-ce que aujourd’hui la population polynésienne se soucie de notre inscription aux Nations unies ou se soucie plutôt de son quotidien, du prix du pain qui est à 55 francs, qui va peut-être être demain à 100 Fcfp…
Lucile Guichet : 53 !
Gaston Flosse : Le prix de l’essence qui est à 150, demain 200 Fcfp. La vie qui est de plus en plus difficile. Regardez cette exposition de l’habitat ; catastrophe, il n’y a personne, il n’y a pas de visiteur. Pourquoi ? Parce que le pays est vraiment dans le chaos, les familles sont dans la misère la plus totale.
Lucile Guichet : Alors, on a bien compris votre positionnement. Mais dans cet imbroglio politique, que deviennent les ministres Tahoeraa ?
Gaston Flosse : Les ministres Tahoeraa ont leur travail à faire au ministère. Monsieur le VP Fritch, qui est chargé des relations avec les communes, a mené quand même pendant cette année un travail considérable. Grâce à lui, eh bien les… il a mis en place les structures indispensables pour créer les communautés de communes, comme nous avons vu les maires des Marquises tout à fait satisfaits de cela. Et chacun dans son domaine également.
Lucile Guichet : On n’a plus beaucoup de temps M. Flosse ! Vous voulez juste dire qu’ils ne démissionneront pas ; c’est cela ?
Gaston Flosse : Pour l’instant, il n’y a pas de raison pour qu’ils démissionnent !
Lucile Guichet : Monsieur le sénateur, merci. Nous suivrons donc tout cela dans les semaines à venir. Merci d’avoir répondu à nos questions ce soir. |